Un petit bout d'histoire sur les carnavals et grands feux

La saison des carnavals et Grands feux…


Il s'agit là d'une de nos plus anciennes coutumes qui nous vient du fond des âges et que le temps n'a pas effacé puisqu'elle se perpétue encore aujourd'hui dans nos villages.

On sait que les peuples celto-germains du Nord pratiquaient la purification par le feu et qu'ils célébraient l'équinoxe de printemps (le 21 mars) en allumant de grands feux sur les endroits les plus élevés. 

Au Moyen-Âge, c'était durant la période du Carême (du latin quadragesima ,40) qui dure du mercredi des Cendres jusqu'au jour de Pâques que se déroulaient les fêtes masquées du carnaval et à cette occasion, chaque village allumait son "grand feu", le dimanche après le mardi-gras.

Suivant les communes, la coutume nous est restée avec de nombreuses variantes.

La fête commence par le ramassage du bois. 

Le comité des fêtes local, aidé par la Jeunesse, organise le ramassage du bois…..et de la "dîme", dans les rues du village avec chariots, fanfare et "bar mobile".  La récolte est conduite à l'endroit prévu pour l'allumage et mise en forme de bûcher.

En général, une perche est plantée au centre et un mannequin de paille, représentant le bonhomme hiver, y est fixé.  Le dimanche après le mardi-gras, un cortège de mascarades parcourt les rues du village et à la tombée de la nuit, vient se rassembler autour du bûcher. 

Les derniers mariés de l'année sont priés d'allumer le feu et quand celui-ci s'embrase, tout le monde danse autour au son des tambours et de la fanfare jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un tas de cendres rougies. 

Nous avons décrit ici le schéma classique du Grand Feu, mais il existe de nombreuses variantes.  La date diffère souvent d'un village à l'autre ; il peut avoir lieu le dimanche gras, ou le dimanche de la Quinquagesime ou encore le deuxième dimanche de Carême ainsi qu'à la mi-carême, etc. 

De plus en plus, on voit le grand feu fusionner avec le carnaval et se confondre avec lui.  Il porte des noms différents suivant les lieux ; "feureux" à La Louvière et dans le Centre, "grand-mère" à Jodoigne, "bûle" en Gaume, "boûre" etc.  L'endroit où la cérémonie se déroule est aussi variable. 

Des impératifs de sécurité contre les incendies ne permettent pas souvent de placer le grand feu à l'endroit le plus élevé de la commune comme la tradition l'exige. Dans la vallée de la Meuse, il était impératif de voir au moins 7 grands feux  au cours de la nuit afin d'être heureux toute l'année.

Le cortège qui mène les participants au grand feu est aussi, suivant les communes, l'occasion de manifestations folkloriques comme à Jamioulx où se déroulent au cours de celui-ci les fameuses "pasquées" qui consistent à lire au public des textes satiriques qui mettent en vedette des personnes bien connues du village.  A Nismes, les habitants de deux quartiers différents se battaient à coups de cailloux.  Ailleurs, on a observé que des farceurs d'un village voisin venaient mettre le feu au bûcher de l'autre village un jour ou deux avant la date officielle provoquant ainsi colère et représailles en retour.

 

L'allumage du feu est un honneur.  Ce rôle varie aussi d'une commune à l'autre.  Parfois c'est le chef de la Jeunesse.  A Bouge, c'est au "Grand Allumeur" que revient cet honneur et dans la plupart des cas, comme nous l'avons vu plus haut, c'est le dernier couple de mariés qui procède à l'opération.

Lorsque le brasier a fini de se consumer, un autre rituel commence : à Gerpinnes, les danseurs se mettaient à genoux et faisaient des grâces, puis subitement c'était une explosion de joie.  A Gourdinne et à Mettet, on s'agenouillait tout simplement et en d'autres lieux (Barbançon, Couvin, Fraire) on pratiquait la danse des sept sauts.  Ailleurs encore, on saute par-dessus les braises, parfois en s'aidant d'une perche.  Il paraît que c'était une excellente protection contre les coliques et autres maux de ventre.

Il nous reste à signaler que les cendres du bûcher sont généralement mises en vente aux enchères.  Elles serviront d'engrais pour les terres d'un fermier et le produit de la vente restera la propriété des organisateurs pour couvrir les frais de la fête.

Cette manifestation millénaire se termine généralement par un bal, costumé ou pas et quelquefois par une remise de prix aux masques les plus "beaux" ou les plus originaux.

Ernest CREPEZ