Les marches folkloriques - un petit bout d'histoire

 

Origine des marches folkloriques


Les marches sont des escortes qui sont venues se greffer, plus ou moins tard sur une procession existante.

Durant le Moyen-Age, les autorités religieuses faisaient accompagner les processions par des groupes armés : sociétés des hallebardiers, d'Arquebusiers ou autres milices locales. Leur mission était double : former un corps d'élite destiné   à défendre la cité en cas de besoin et rendre les honneurs dans toutes les circonstances solennelles de la vie communautaire : cérémonies religieuses, joyeuse entrée du prince...
Dans un premier temps, ces processions n'étaient suivies que par le clergé et les paroissiens. Dès le 13ème siècle, on voit apparaître des groupements dont la vocation est de défendre la localité en temps de trouble. Des bandes armées de mercenaires sévissaient. L'absence d'une armée régulière rendait nécessaire ces formations chapeautées par le pouvoir local ou seigneurial.

Jusqu'en 1814, on sait peu de choses.... Nombreuses archives furent détruites. Toutefois, les Edits de Joseph II en 1786 avaient donné un coup mortel à de nombreuses processions, avant que la Révolution française ne les interdise.

Ce n'est qu'après la signature du Concordat par Napoléon, que les processions purent recommencer à pérégriner dans nos campagnes accompagnées de groupes armés.
Elles prirent les caractéristiques qu'on leur connaît actuellement caractérisées par des costumes de différents régiments de l'empire.

 

Conjonction d'une procession ancienne et d'une escorte armée trouvant son origine dans l'Ancien régime, les marches existent dans 12 villages de l'entité. La procession est généralement ouverte par le Sergent-Sapeur, suivi de la batterie de tambours et ses fifres, commandée par le tambour-major. Viennent ensuite la société de musique et les pelotons de grenadiers, gendarmes, zouaves,... La marche se clôture par le clergé accompagnant les reliques et les pèlerins.
Un musée des Marches folkloriques existe à Gerpinnes (costumes, musiques, documents, photos,...). Quatre vingt compagnies y sont affiliées. Accessible de mai à septembre, les samedis et les dimanches de 14h00 à 18h00 et toute l'année sur RDV. Fermé en juillet. Il se situe rue de la Régence, 6 à 6280 Gerpinnes- 0474/61.46.44- www.museedesmarches.be

 

 

Walcourt compte 12 marches, se déroulant de mai à août.

 

Chacune a sa petite histoire :

 

Saint-Fiacre à Tarcienne- 1er dimanche de mai
Créée en 1856 afin de participer à la procession en l'honneur de Saint-Fiacre dont le culte aurait été implanté dans la paroisse vers 1675 à l'instigation du curé Du jardin. Ce dernier, guéri du choléra après un pèlerinage à Meaux, aurait rapporté la relique du Saint. Cette relique est naturellement portée lors de la procession.

 

 

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Sainte-Remfroid à Pry- 2ème dimanche de mai
Si Pry envoyait de temps en temps une compagnie à Walcourt, en 1977, il fut décidé de créer une compagnie locale du nom de la patronne de la paroisse, priée pour la maladie des yeux.

Elle vécut vers les années 800 dans le nord de la France juste avant l'invasion des normands qui ont tout détruit sur leur passage : monastères, églises et châteaux et brûlé pratiquement toutes les archives.

C'est à Denain près de Cambrai que vivait Remfroid. Elle avait 10 sœurs qui toutes décidèrent de devenir religieuses. Leurs parents décidèrent de construire pour leurs filles un monastère dédié à la Vierge Marie ainsi qu'une église pour les habitants et dédiée à Saint-Martin.

A cette époque, il était d'usage d'aller en pèlerinage dans les lieux saints, Rome et la Terre Sainte. Remfroid partit donc pour Rome avec ses sœurs. Elles moururent durant le voyage. Seule, Remfroid rentra au monastère de Denain et dirigea celui-ci comme abbesse durant 25 années et y mourut.
Le monastère fut détruit par les normands en 882 et reconstruit en 969. Les fondations ont été retrouvées en 1924.

C'est la piété populaire qui fit sortir Remfroid de l'anonymat pour la vénérer comme une sainte à l'exemple de sa vie. « C'était un prodige de voir les foules accourir vers Sainte-Remfroid et la vénérer pour être soulagées de leurs infirmités ».
Le plus célèbre de ces miracles est celui d'Ava, cette dame aveugle. Pour guérir, elle priait sur les tombeaux des saints et saintes des environs. Un jour, elle vint à Denain, rencontra Remfroid et recouvra la vue. Elle entra au monastère et son nom figure dans le catalogue des saints en compagnie de Remfroid.
Sur la place de Denain, pas loin de l'église Saint-Martin et de l'ancien monastère, coule une source dont l'eau à la réputation de soulager les malvoyants.

Remfroid rayonna aussi vers le Nord et c'est pourquoi nous retrouvons des traces de Sainte-Remfroid à Pry ainsi qu'à Oret.

 

 

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Notre-Dame de Walcourt- Le dimanche suivant la pentecôte
L'existence de la Marche est attestée de manière ininterrompue depuis le 15ème siècle.
La procession commémore un miracle dont la statue aurait été l'objet vers 1229. En effet, un incendie détruisit l'Eglise de Walcourt, consacrée à Notre-Dame. La statue de la Vierge fût retrouvée dans un arbre au lieu dit le Jardinet. Elle n'a pu en être délogée que par l'intervention du Seigneur du lieu, le Comte Thierry, qui promit de faire bâtir un monastère à cet endroit. Une reconstitution s'effectue chaque année au Jardinet.

www.latrinite.be

 

 

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Saint-Wahlère à Gourdinne- 3ème dimanche de juin
Même si une compagnie de marcheurs participait antérieurement à la marche de Thy-Le-Château, c'est seulement en 1931 que l'on en trouve trace.
Son origine ne nous est pas connue et ne semble pas se rattacher à un fait historique précis comme d'autres marches. Cependant, nous savons que la confrérie Saint-Walhère fut fondée à Gourdinne en 1650, en l'honneur de Saint-Walhère, protecteur du bétail.

 

 

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Saint-Eloi à Laneffe- 4ème dimanche de juin
Les laneffois fêtent Saint-Eloi le 1er décembre date de sa mort en 659 et le dimanche le plus proche du 25 juin, date correspondant au transfert de ses reliques en la cathédrale de Noyon en France en 1157.
Anciennement les processions étaient rehaussées par la présence d'escortes armées, pour leur protection mais aussi pour rendre les honneurs. Actuellement, les escortes sont fournies par les marches folkloriques.
Au 16ème siècle, on faisait appel aux sociétés de l'époque, par exemple les gildes d'archers ou d'arquebusiers.
Diverses confréries rassemblaient des cavaliers, comme il en arriva à Laneffe. Saint-Eloi était devenu, en effet, le patron des cultivateurs, maréchaux-ferrants et ouvriers du fer.
La marche Saint-Eloi était jadis suivie par de nombreuses compagnies à cheval qui faisaient présent d'un « guidon », comme Florennes, Nalinnes, Walcourt...
Cet usage dura jusqu'à la fin du 18ème siècle quand Joseph II réglementa les processions qui quelques années plus tard furent interdites par les révolutionnaires français.
Le concordat de 1881 rétablit la liberté des cultes. Les processions furent de nouveau organisées et les escortes adoptèrent l'équipement des armées de l'époque par opportunisme.

 

 

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Chaque année, en juin s'accomplissent la bénédiction des chevaux et la distribution des petits pains et des fanions de Saint-Eloi.
- La bénédiction des chevaux : selon la légende, Saint-Eloi avait un cheval très doux qu'il légua à l'abbé de l'église où il fut enterré, mais l'évêque de l'endroit s'en étant emparé, le cheval devint méchant. Le cupide évêque le rendit à son propriétaire et l'animal s'est alors adouci. On évoque donc Saint-Eloi pour les chevaux de trait et surtout pour l'apaisement des chevaux turbulents.
- La distribution de petits pains et des fanions de Saint-Eloi : Ces petits pains sont des symboles de partage et d'amitié. Bien qu'ayant vécu à la cour du roi Dagobert, Eloi a toujours été au service des plus pauvres. Les petits drapeaux de forme triangulaire représentant le Saint, un cheval de trait et une église. Beaucoup de personnes attachent ces fanions dans leurs écuries au-dessus de la tête des chevaux.

 

 

Saints Pierre et Paul à Thy-Le-Château- le jour de la Saint-Pierre le 29 juin ou le 1er dimanche qui suit.
Depuis 1617, la paroisse possède une châsse en l'honneur de Saint-Pierre. L'escorte daterait du milieu du 19ème siècle. La Châsse Saint-Pierre a été ciselée en 1617 par l'orfèvre namurois Henri Libert. Ce coffret rectangulaire de 50x53x26 cm en cuivre doré et argent contiendrait notamment les reliques du saint. La châsse est présentée au public pour être vénérée lors de la procession de la marche Saints Pierre et Paul.

http://www.marchedethy.be

 

 

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Notre-Dame de Beauraing à Somzée- 2ème dimanche de juillet
Une compagnie de Somzée participait autrefois à la marche de Laneffe, c'est toutefois en 1950 qu'une marche locale est organisée, afin de remercier Notre-Dame pour la protection accordée au village pendant la guerre 40-45. Pour l'histoire, aucune victime ne fût à déplorer, tant parmi les civils, les militaires que les prisonniers. Les marcheurs, au nombre de 150 environ, constituent trois groupes second Empire: les sapeurs, les grenadiers et les zouaves. Ils sont immuablement accompagnés par la fanfare royale "Les Patriotes" de Morialmé.

 

 

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Sainte-Marguerite à Berzée- le dimanche le plus proche du 21 juillet
Des habitants de Berzée participaient antérieurement à la procession de Thy-le-Château. Une compagnie locale sera mise sur pied en 1947 pour disparaître en 1951. Elle reviendra en 1998.
L'image faisait déjà l'objet d'une vénération à Rome. Ensuite à Vienne et cela depuis 1609, date de sa découverte par le révérend Dominique Ruzzola, père des Carmes. En 1908, les Carmes cédèrent à Berzée, l'image de la Sainte et organisèrent un jubilé en son honneur. L'année suivante les honneurs lui furent encore rendus. Les pères Carmes concédèrent le culte de Notre-Dame de Grâce à Berzée. Le premier pèlerinage eu lieu le 9 juillet 1911 et a lieu chaque année le 2ème dimanche de juillet.

 

Pour la petite histoire, et d'après l'ouvrage de D. Feys, voici deux manifestations de la puissance de Marie :
- la fille d'Emile Jacques de Berzée, âgée de 5 ans est mourante, atteinte d'une double pneumonie et du croup. Déclarée perdue par les médecins, l'image de Notre-Dame de Grâce est placée sur la poitrine de la fillette ; le lendemain, l'enfant se lève, guérie.
- En 1923, atteinte de carie des os et de la maladie de Pott, la petite Rachelle Manpacy de Berzée est dans un état grave. Elle sera confessée et communiée par le curé. Le lundi 7 juillet, la petite est debout. Cette guérison s'est produite instantanément le 6 juillet 1924, au cours d'une neuvaine à Notre-Dame de Grâce.
Saint-Marguerite est invoquée pour le maux des reins et une heureuse maternité.
http://marchesaintemarguerite.com

 

 

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Saint-Ghislain à Fraire- 3ème dimanche de juillet
La marche actuelle date de 1946 mais ses origines sont plus anciennes, 1848. Saint-Ghislain est le protecteur des enfants. En 1848, pour satisfaire à un vœu, Louis Mathieu fait dresser une potale en pierre de 1,70m, dans laquelle il place une statue de Saint-Ghislain ; ce vœu avait été prononcé pour obtenir l'heureuse délivrance de sa femme, dont l'accouchement se présentait mal. A côté de cette potale, il plante un tilleul. En 1890, son gendre, François Flandre, fait construire une chapelle plus imposante, adossée à la potale, c'était cette fois en remerciement pour la guérison d'un enfant.

En juillet 1904, sur l'initiative du curé Joseph Durvaux, une « marche » est organisée et placée sous l'égide, non pas du patron de la paroisse, Saint-Remy, mais bien sous celle de Saint-Ghislain dont le culte est devenu populaire dans la commune. Naturellement, le cortège fait halte devant les deux chapelles érigées par les familles Mathieu et Flandre.
Cette marche existe probablement jusqu'en 1911 ; au cours de la procession, des manifestations politiques et antireligieuses se produisent et l'année suivante, elle est supprimée.

En 1923, 60 hommes prennent part à une marche civile, l'essai n'a pas de lendemain.
En 1935, une relique du Saint est octroyée à la paroisse et une procession, sans escorte armée est organisée en septembre. L'année suivante, un reliquaire est acquis et une nouvelle procession se déroule toujours sans escorte. Il faut attendre 1946 et l'autorisation épiscopale pour voir renaître la procession avec escorte armée, fixée depuis 1947 au troisième dimanche de juillet.

http://users.skynet.be/fraire/ghishist.htm

 

 

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Saint-André à Vogenée- 1er dimanche d'août
Comme dans les communes voisines, une compagnie du village participait de temps à autre à la marche de Walcourt. C'est en 1975 que se crée la marche locale.

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Saint-Roch à Chastrès- le 15 août
Bien qu'une compagnie ait existé avant la 1ère Guerre mondiale, il faut attendre 1974 pour la voir renaître.


http://www.amfesm.be/chastres/chastres.html

 

 

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Saint-Laurent à Yves-Gomezée- dernier dimanche d'août
Créée en 1965, elle avait déjà existé antérieurement sporadiquement et notamment pris part à la marche de Walcourt.

 

 

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Reconnaissance UNESCO

 

En décembre 2012, quinze Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse ont été reconnues par l'Organisation des Nations-Unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) comme patrimoine immatériel de l'humanité suite au dossier introduit par la Communauté française. Il s'agit des quinze Marches reconnues comme chef-d'oeuvre du patrimoine immatériel de la Communauté française à savoir: Saint-Roch et Frego d'Acoz; Saint-Pierre de Biesmerée, Saint-Pierre de Florennes; Saint-Feuillen de Fosses; Sainte-Rolende de Gerpinnes; Saint-Roch d'Ham-sur-Heure; La Madeleine de Jumet; Saint-Eloi de Laneffe; Saint-Pierre de Morialmé; Sainte-Anne de Silenrieux; Saint-Fiacre de Tarcienne; Saint-Roch de Thuin; Saints Pierre et Paul de Thy-le-Château; Saint-Pierre de Villers-deux-Eglises et la Trinité de Walcourt.


Le patrimoine culturel ne s'arrête pas aux monuments et aux collections d'objets. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l'artisanat traditionnel.

Pour l'UNESCO, les Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse sont un des éléments majeurs de l'identité culturelle du village éponyme situé entre les rivières de Sambre et Meuse en Wallonie. Elles commémorent la dédicace de l'église du village qui honore le Saint à qui est dédié l'édifice religieux. Le village tout entier y participe. Les processions escortées sont formées de plusieurs compagnies organisées sur un modèle militaire, chacune groupant des dizaines, voire des centaines de marcheurs. Revêtus d'uniformes militaires, les participants se rassemblent au sein d'une ou plusieurs compagnies qui escortent la procession religieuse. Une compagnie est gérée par un comité et/ou un corps d'office qui organise le déroulement de la Marche et en assure le bon ordre. Les jeunes marchent aux côtés de leurs parents dans la Jeune Garde ou au sein d'autres compagnies.

La transmission des traditions se fait oralement, souvent dans le cercle familial, mais aussi dans les rencontres, réunions, bals ou banquets nécessaires à l'organisation de la Marche. Des dynasties de fifres et tambours ont vu le jour, qui transmettent leurs savoirs, leurs airs et leurs musiques aux nouveaux musiciens. De même, des fabricants de tambours et de fifres, des dizaines d'artisans couturiers transmettent leur savoir-faire afin de reconstituer et créer instruments, costumes, drapeaux et accessoires. Les marches jouent un rôle clé comme facteur d'intégration, de rapprochement entre hommes et femmes d'horizons divers et de promotion d'une cohésion sociale.