Bernard Anciaux - Ferme Crèvecoeur

Interview réalisée en septembre 2009

Nous sommes allés à la rencontre de Bernard Anciaux, 35 ans, agriculteur, de la ferme Crèvecœur à Yves-Gomezée.

ferme_beurre_015

Agence de Développement Local
(ADL) : décrivez-nous vos activités ?

Bernard Anciaux (B.A.) : je suis agriculteur. Il y a deux grands volets au niveau de notre exploitation :

Une exploitation agricole mixte (vaches laitières et viandeuses) ainsi que des cultures et des prairies (110 ha).

Et une partie diversification :

    1° A partir du laitier : beurre de ferme, fromage frais, crème glacée, yaourt, ...

    2° A partir du viandeux : boucherie => colis divers.7


    Lait : 1/3 de la production part en produits finis vendus à la ferme, le reste à la laiterie.

    Viande : Blancs bleus : 10% sont transformés en produits finis vendus par la ferme.

    Veaux : 1/3 vont à l’abattoir.

    Céréales : 1/6 pour l’alimentation du bétail, le reste est vendu.

    Les prairies et le maïs, représentant 70% de la surface utile,  servent à l’alimentation du bétail.

     

    ADL : pourquoi avoir choisi ce métier ?

    B.A. : je suis tombé dedans étant petit ! Depuis toujours, la ferme c’est ma passion… C’est une véritable vocation ! J’ai été assistant de cours pendant un an à Gembloux mais être dans un bureau pendant une bonne partie de la journée, cela ne me motive pas trop. Etre fermier, c’est un métier de passionné !

     

    ADL : la diversification, est-ce une nécessité ?

    B.A. : se diversifier amène des atouts supplémentaires.

    Notre exploitation est un cas assez particulier car mon grand père, déjà en 1940-45, faisait du beurre qu’il vendait à la ferme située à la Botte d’Yves. Ensuite, à la fin de la guerre, il a décidé de monter sur Charleroi pour réaliser des ventes directes chez ses clients.

    Dans les années septante, mes parents se sont lancés dans le fromage frais.

    Début des années nonante, mon frère a amené la « touche » crème glacée.

    2001, je me suis lancé sur le secteur de la boucherie et enfin depuis 2002-2003, mon épouse a poussé la diversification jusqu’à la fabrication des yaourts.

    C’est vraiment une affaire familiale et la diversification est donc ancrée dans notre histoire.

     

    ADL : sachant que votre ferme est reculée, comment touchez-vous votre clientèle ?

    B.A. : comme je viens de le signaler, nous sommes connus dans la région depuis l’époque de mes grands parents, ce qui facilite les choses. Le bouche à oreille fonctionne très bien et depuis que nous nous sommes lancés au niveau de la crème glacée et des gâteaux, c’est un boom ! En effet, les mariages, réceptions et autres festivités, sont une excellente vitrine pour nos produits et nous ramènent des clients.

    Au niveau de la publicité via des prospectus, nous en faisons un petit peu mais ce n’est pas notre priorité… Je ne peux pas dire que cela ne fonctionne pas puisque nous n’en faisons qu’un peu, il faudrait tester à grande échelle pour analyser l’impact mais quid du rapport coût-impact ?

    Au niveau internet, via le Groupe d’Action Local (GAL) de l’Entre-Sambre-et-Meuse, nous avons un espace propre. Nous sommes aussi présents sur l’annuaire du site de la Ville de Walcourt ainsi que via l' APACW.

    Il y a un aussi projet, via le GAL, de vente en ligne sur internet avec une camionnette frigorifique qui réaliserait une tournée de distribution des produits du terroir de la région.

    Enfin, Nous avons également un projet avec la laiterie coferme de distribution de berlingots de lait mais il est encore trop tôt pour en parler.

     

    ADL : quel type de clientèle visez-vous ?

    B.A. : c’est une clientèle de particuliers. Il y a l’ancienne génération, des clients de mon grand-père, il y a ceux qui viennent pour la viande et enfin, ceux pour les autres produits liés aux festivités.

     

    ADL : au vue de l’actualité laitière, connaissez vous certaines difficultés et que pensez-vous de la politique agricole Européenne ?

    B.A. : nous n’avons pas à nous plaindre mais il faut être réaliste sans la vente directe, nous connaîtrions quelques soucis.

    Je vais vous donner mon avis sur la Politique Agricole Commune.

    L’Europe pousse, avec des subsides à la clef, les agriculteurs à créer de grosses exploitations agricoles. Leur politique, c’est de produire plus afin de diminuer les coûts de production par la réalisation d’économie d’échelle.

    Dans un premier temps, ces « mastodontes agricoles » pensaient ne faire qu’une bouchée des « petits » agriculteurs…  A l’heure actuelle, c’est surtout ces exploitations qui sont dans le rouge. En effet, les investissements à consentir pour réaliser ce type de ferme sont faramineux. Sous le poids de ces créances, il est difficile de s’en sortir lorsque le prix du lait est aussi bas. Afin de combler leurs emprunts, ils sont appelés à produire plus… Néanmoins, plus ils produisent, plus le marché s’en retrouve « noyé » et moins le prix est élevé, c’est vraiment un cercle vicieux. Il est vrai aussi qu’il y a un sacré problème entre le prix donné à l’agriculteur et le prix payé par le consommateur au supermarché.

    Finalement, en diversifiant notre exploitation, nous résistons plutôt bien.

    Je considère qu’il faut gérer son exploitation en bon père de famille, c'est-à-dire ne pas faire des investissements trop lourds en une fois… Oui, il faut savoir investir mais garder un minimum de fonds propres en cas de crise, comme c’est le cas pour l’instant, empêche de boire la « tasse ». Je trouve que le matériel agricole en Belgique est parfois démesuré par rapport à ce que l’on en fait. Je prône donc la prudence et investir petit à petit me parait réfléchi.

     

    ADL : comment envisagez-vous l’avenir ?

    B.A. : fortifier l’acquis afin que notre exploitation soit la plus efficiente possible et ensuite, nous réaliserons d’autres projets car développer la ferme est aussi important.

    ADL : y a-t-il une question que je ne vous ai pas posée à laquelle vous auriez aimé répondre ?

    B.A. : non, je crois que nous avons bien fait le tour de la question.

     

    ADL : un grand merci pour votre accueil et bonne continuation pour la suite !

     

    Infos :

    -Tournée à domicile le mardi sur Fraire, Yves-Gomezée, Hanzinne, Hanzinelle, Florennes et Morialmé. 

    -Tournée le mercredi sur le grand Charleroi.

    La ferme Crèvecœur vous accueille du jeudi au mardi de 9 à 19h.

    Contact :

    Ferme Crèvecoeur

    rue Crèvecoeur, 34
    5650 Yves-Gomezée
    071/65.52.84