Jean Jacques Cloquet - Directeur Général de l'aéroport de Charleroi Brussels South

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Pour ce numéro, une fois n’est pas coutume, nous avons quitté notre entité...  Pour rencontrer un  Thyrocastellopolitain à l'aéroport de Charleroi !

Vous connaissiez déjà le talentueux footballeur Daniel Vanbuytten, originaire de la région. Voici, qui sait, le futur « bekend » de l'Entre-Sambre-et-Meuse, comme le disent nos amis du nord, Jean-Jacques Cloquet !

Bourreau de travail, véritable passionné, sous des airs cool et sympa, ce jeune quinquagénaire est nommé officiellement, depuis le 22 décembre dernier, patron de Brussels South Charleroi Airport (BSCA).



Agence de Développement Local (ADL) : pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

Jean-Jacques Cloquet (JJC) : père de 7 enfants (dont 4 d’une précédente union), je suis principalement axé sur les valeurs humaines. Je fonctionne, réagis et me comporte de la même manière au sein de ma famille qu’à mon travail.

Pour moi, chacun doit se sentir bien et intégré dans l’équipe. J’attache énormément d’importance à l’épanouissement de tous et pousse mon personnel à toujours tirer le meilleur de lui-même !

Je me décris comme une personne volontaire, intègre, qui prend son temps pour pouvoir être le plus juste possible. Comme vous pouvez l’imaginer, je consacre beaucoup de temps au travail, je pense sans arrêt à l'aéroport, partout, tout le temps... Je travaille 7 jours sur 7 et je dors très peu, environ 4, 5 heures par nuit. Malgré tout, j’essaie également de rester disponible pour ma famille.

Je suis idéaliste et exigeant envers moi-même. Je pense que je suis également positivement curieux, j'aime savoir ce qui se passe autour de moi.



ADL : pourquoi vous êtes-vous installé à Thy-le-Château?


JJC : J'ai vécu de longues années à Nalinnes, à la campagne. Ensuite, j'ai voulu acheter ma maison et je cherchais un endroit pour pouvoir m'évader hors de la ville. J'ai pu en trouver une à Thy-le-Château afin de rester proches de ma « petite » famille.

 

J'aime mon village, je m’y sens bien ! Je suis pour le faire vivre mais malheureusement je ne sais pas participer à tous ses événements vu ma situation professionnelle. De temps en temps, je vais voir la Marche Saints Pierre et Paul à Thy. J'apprécie également les petits commerces de Thy-le-Château et je m'y rends pour y faire quelques achats, les gens sont chaleureux, sympathiques et les échanges avec eux sont toujours un plaisir ! C’est une entité où il fait bon vivre !




ADL : né en 1960 à La Louvière, vous faites des études que vous terminez en 1983 en tant qu’ingénieur civil électricien, option énergie.

De 1984 à 2003, vous êtes employé chez Solvay, et prenez de l’altitude, pour devenir directeur de l’unité opérationnelle BENELUX et de la direction européenne de la promotion du PVC.

Vous êtes successivement Directeur du Sporting Club de Charleroi entre 2003 et 2004 et ensuite, Directeur technique de la Carolorégienne de 2005 à 2007.

Fin 2007, vous travaillez à l’aéroport de Charleroi en tant qu’indépendant pour développer le département des revenus non liés à l’aviation (restauration, parkings, …), vous devenez membre du personnel de cet aéroport en 2008, directeur commercial non aviation et un an plus tard, directeur GRH, pour finalement devenir officiellement le CEO fin 2010.

Plutôt atypique comme parcours, on a l'impression que rien ne vous arrête, vous avez une botte secrète?


JJC : non bien sûr !

Mon atout, c’est être capable de maximiser le potentiel de mon personnel ! Pour cela, il est indispensable d’établir de bons contacts… Montrer que vous êtes présent à tout moment et certainement lors des catastrophes comme en 2010 (volcan, neige en décembre, …).

Je pense qu’il est essentiel de se remettre toujours en question, d’accepter les critiques pour autant qu’elles soient constructives et de faire de son mieux pour évoluer. Avoir une attitude de conquérant n’est certainement pas une bonne chose, faire profil bas pour mieux comprendre la situation avant même de prendre une décision, est primordial.


Par exemple, aujourd’hui, je suis à la tête de l’aéroport mais demain, peut être, qui sait, je serai remplacé, c’est la vie… Je l’accepterai tant que c’est pour un motif valable. Au départ, je n’étais pas candidat pour ce poste ! Je ne connaissais pas ou peu le monde de l'aviation, c'est au fur et à mesure que j'ai appris et que je me suis adapté… Pour finalement me sentir capable de relever le défi !




ADL : dans notre introduction, nous parlions de Daniel Vanbuytten. Il nous a été soufflé que vous n'étiez certainement pas un « estropié du football » étant jeune... Joueur au Sporting de Charleroi parait-il ?


JJC : oui, en effet, j'étais défenseur. J’en garde un excellent souvenir… Particulièrement de la qualification pour la finale de la coupe de Belgique en 1978 lorsque j’avais 17 ans, je me sentais après à l’école comme un « king »... C’était l’époque du foot sans fric où pour arriver au club où se jouait la finale, j’étais venu en mobylette !

J’ai appris dernièrement que je suis toujours le plus jeune joueur à avoir été en finale de coupe de Belgique, c'est une petite fierté pour moi !!!

 

Bon pour être sérieux, ce que je retiens de ces années, c’est le respect qu’on avait pour l’adversaire… bien entendu qu’arrivé sur la pelouse, je désirais gagner, c’est sûr, mais après le match… La troisième mi-temps était sympa !




ADL : pouvez-vous nous décrire Brussels South Charleroi Airport ? Comment voyez vous l’avenir ?


JJC : la première caractéristique de notre aéroport, c’est sa taille humaine pour les passagers mais également pour notre personnel. Nous sommes 500, ce qui fait que tout le monde se connaît ou du moins s’est déjà vu ! En tenant compte du personnel des compagnies, nous atteignons 2700 personnes.

 

En ce qui concerne le nombre de voyageurs, fin 2007, nous comptions 2 700 000 passagers. En 2009, le compteur était à 3 900 000 passagers et en 2010, l'aéroport a accueilli 5 200 000 passagers !

Notre moteur, c’est l’efficacité de nos équipes ; ce qui amène une diminution des coûts pour les compagnies aériennes.

Actuellement, il y a un post subside de la Région Wallonne sur l'aéroport de 25 % (ce sont des aides d'Etat), c'est une démarque qui va vers le « self-supporting ».

Il y a 150 avions par jour. 50 à 70% des personnes qui utilisent nos services, habitent dans une zone de 40 km autour de l'aéroport. C’est un succès pour la région, sans compter le nombre d’entreprises qui se sont développées parallèlement à ce projet.

Charleroi est maintenant reconnu comme un partenaire européen et ça, c’est un atout indéniable !

 

Pour fin 2011, plus de 100 destinations seront proposées dans 24 pays !

Nous désirons à l’avenir un terminal mais pas uniquement Lowcost. Dans les 4 à 5 ans, nous avons l’ambition de développer deux modules qui s’ajouteront aux trois modules déjà présents ! Un « Master plan » est à l’étude puisque les investissements sont importants.



ADL : dans le couloir pour accéder à la direction, nous voyions beaucoup de photos de la compagnie Ryanair, quelle est sa place dans l’aéroport ?


JJC : Charleroi fut la première base européenne de Ryanair et cela fait plus de 10 ans qu’ils sont sur le site. C’est un partenaire précieux mais nous essayons également d’attirer d’autres compagnies… Par exemple, Jet Air Fly a investi un avion puis 2 et en avril, ils auront 3 avions sur Charleroi.


Ryanair représente à l’heure actuelle moins de 80% de notre flotte aéroportuaire… Cela diminue chaque année, il y a quelques temps, cela représentait 90%.




ADL : en tant que commandant de bord de l'aéroport, quel est votre boulot au quotidien?


JJC : 4h30: levé et traitement d’une bonne partie de mes e-mails.

6h30: je prends mon café accompagné de mon épouse et de mes enfants.

7h00: je conduis mes enfants à l'école.

7h30: je me rends tous les jours dans un bistrot à Charleroi où je prends mon petit déjeuner et je lis les journaux afin de suivre l'actualité.

8h: début de journée à l'aéroport.

 

Durant la journée, je participe à de nombreuses réunions avec mes collaborateurs directs et j'analyse différents dossiers (technique, financiers, …) car je dois rendre compte au conseil d'administration. En plus d'être CEO, j'ai gardé mon poste de directeur de Gestion des Ressources Humaines, je dois dès lors « jongler » !

Je réponds également aux questions parlementaires, aux médias, à nos partenaires, …

 

18h – 19h : j'essaye d'être chez moi vers 18h30.  Si j'ai des réunions, des conférences, mon heure de retour est plus tardive ; cela m’arrive une à deux fois par semaine.

 

Bien entendu, si l’actualité le demande, je suis à l’aéroport jour et nuit !




ADL : Quelle a été votre plus grande difficulté professionnelle et quel a été votre plus beau souvenir?


JJC : la complexité d'un conseil d'administration et les différents enjeux selon les partenaires (privé et public) sont pour moi les plus grandes difficultés de cette fonction. A chaque conseil d’administration, j’ai l’impression de passer un examen !

 

Dans le cadre de mes fonctions antérieures, mon licenciement de la Carolorégienne, sans motif valable, me reste au travers de la gorge car j’avais le soutien de mon personnel. C'est véritablement une période de ma vie que je n'oublierai pas étant donné que cela a été très dur, c’était l’époque des « affaires » à Charleroi et des suspicions. Même mes enfants se sont posés des questions… Alors quand vous n’avez rien à vous reprocher, cela fait mal.  J’ai perdu 80% de mon carnet d'adresses en quelques mois et c’est à ce moment précis que vous savez qui sont vos vrais amis. Finalement, même si ce fut une expérience amère, c'est une belle leçon qui m'a apprise à me centrer sur les vraies valeurs de la vie. Cela ne vaut pas la peine de critiquer son passé, « il ne faut pas cracher dans la soupe », je l'accepte, cela m'a appris à m'améliorer, à aller de l'avant.


Mon plus beau souvenir est sans aucun doute mes 20 ans chez Solvay. Je leur dois beaucoup car l'entreprise m'a énormément apporté durant ces années. J’ai quitté ce groupe pour des raisons personnelles mais il m’est resté très cher !

 

Autre bon moment, c’est lorsque j’ai été élu carolo de l'année et manager de l'année … Je ne cherche pas les prix, loin de là, mais cela fait plaisir d’être reconnu quand on s’investit car la pression est très forte, l’aéroport est sans arrêt sous les projecteurs.

 

Je n'ai pas d'étiquette politique mais c'est un plaisir de travailler avec le pouvoir politique pour développer la région.

 

Enfin, Footbalistiquement, en plus de l’accès à la finale, j’ai également de bons souvenirs lors de la remontée de D2 en D1 en 1985 !

 


ADL : nous espérons que chacun a pu mieux percevoir votre personnalité et votre profession au travers de cette interview. Un tout grand merci pour cette heure d’entretien, pour votre disponibilité et votre gentillesse. Nous vous remercions également de cet accueil chaleureux à l’aéroport.


Nous vous souhaitons bon vent !